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dimanche 26 août 2007

Chamonix - Acte 4 : Le Moine...

Le week-end arrive, et avec lui le beau temps.
Au lieu d'aller enfin voir le granite mythique de l'Envers, nous allons à l'Aiguille du Moine. Il faut dire que nous sommes quatre pour l'occasion : Lionel et Xavier sont venus se joindre à nous. On choisit donc un objectif plus "montagne" qu'"escalade" : l'Arête Sud Intégrale du Moine. Pourquoi l'Intégrale et pas la classique ? Ben parce que ça a l'air plus classe (ça se révélera vrai). Bon, c'est beaucoup plus long et Lionel nous a montré le week-end précédent qu'il n'avait pas la caisse, mais ça passera quand même. Première erreur.

D'ailleurs, Lionel a oublié son casque et sa frontale. Pour le casque, on ne laisse pas passer, il va en louer un, mais pour la frontale... ça passera. deuxième erreur.
J'ai appelé le gardien du Couvercle : piolets / crampons inutiles pour l'Intégrale. La Mer de Glace, ça passe sans aussi : on les laisse à la voiture. Troisième erreur.

Après la foule du Montenvers, on se retrouve sur la Mer de Glace. Ça fait plaisir de refouler un "vrai" glacier, depuis le temps. Ce qui fait moins plaisir, c'est que j'ai pas du tout la forme. Je suis à la rue complet, pas de ressort. Décidément, le couvercle est maudit : quatrième fois que j'y monte et, c'est sûr, quatrième but en perspective. C'est donc passablement dépité - et même bien déprimé - que je prends pied sur la terrasse du refuge. Pas de bière pour moi - y'a vraiment rien à valider.

Ça n'empêche pas de profiter du panorama. Existe-t-il un endroit plus fabuleux que celui-ci ? La face Nord des Jorasses nous en met plein la vue : le Linceul est en conditions ! La Walker est toute enneigée. Été à l'envers... Toutes les cordées vont soit aux droites, soit aux courtes, soit à la Pointe Isabelle. Nous ne sommes que deux groupes pour le Moine qui devrait être le sommet le plus fréquenté à cette période. Le refuge est aussi bien fréquenté par les cristalliers. On les repère sans peine : ils sont crasseux, portent des vêtements des années 80 et rentrent à la nuit tombée... C'est assez intéressant de découvrir ce milieu complètement inconnu du grand public. Apparemment, il y a là aussi quelques conflits : un allemand s'est fait piller son "four" : tout son matériel et quelques beaux cristaux se sont envolés.

Dimanche matin, lever à 4h30. Comme d'habitude, c'est moi le premier levé. Petit déjeuner avalé rapidement. Bon signe : j'ai faim, malgré l'altitude. Malgré la nuit, on trouve à peu près le départ de la voie.

Je m'encorde avec Lionel. Xavier attaque par des terrasses, moi par la ligne de fissures qui mène à la brèche mentionnée par le topo. alors que celui-ci suggère une approche à pied jusqu'à la crèche, ça grimpe dans le IV sur du rocher bien licheneux. Enfin, on est au bon endroit. La traversée commence. Je double Xavier dans le premier passage dur. Lionel suit bien, nous progressons à Corde tendue sur des gendarmes qu'il faut escalader et désescalader.


On arrive à un premier rappel. On laisse notre corde pour Xavier et Matt pour accélérer les manips. L'escalade n'est jamais dure, mais c'est la super classe, sur le mythique rocher fauve de Chamonix. C'est même franchement jouissif. On grimpe en corde tendue, Lionel suit bien. On finit par laisser Matt et Xav devant après un petit épisode de noeuds entre les deux cordées. Encore un rappel, bien gazeux, dans lequel Lionel fait tomber son appareil photo... heureusement sans gravité : il atterrit dans un petit névé.

L'escalade se fait franchement plus facile. Assurage délicat, mais peu de risque de chute. Lionel suit, mais son rythme ralentit et ses chaussons neufs le font souffrir. Matt et Xavier prennent de l'avance.
On les rejoint au pied de la principale difficulté : une grande cheminée qui contourne le grand gendarme en forme de table versant Charpoua. Ils ont été ralentit par la cordée qui gravit l'Arête Sud Classique - ils ont dû débloquer la seconde de cordée dans une renfougne un peu délicate. J'en profite pour les dépasser. Le leader me demande si je peux leur monter la corde en haut du passage ! Je n'ose pas refuser, et je prends leur corde.

Je gravis une belle dülfer, puis me retrouve dans cette abominable renfougne qui doit être à peine cotée IV mais qui sera pour moi le passage le plus dur de la voie. J'arrive au relais quand Matt le quitte. Alors que j'installe le relais, Lionel tombe dans le passage clé... heureusement que je suis bien campé sur mes pieds. Il me faut ensuite assurer Lionel et la cordée qui nous suit, dont le leader me hurle de le prendre sec toutes les 10 secondes.

Lionel me rejoint. Je lui demande s'il pense que ça va aller, en tenant compte d'une descente complexe. Il me répond évasivement que ça devrait aller. A la limite, c'est peut être plus facile d'aller au sommet et de suivre la descente classique plutôt que d'improviser une descente non prévue.
Je continue : c'est facile. Dès le départ du relais, Lionel tombe dans la traversée facile ! Bon, ben va falloir faire avec. On va tirer des longueurs, bétonner l'assurage, ça le fera. Je ne vois même plus Matt et Xav... Grand moment de solitude.
Dernière difficulté : un petit mur fissuré. C'est le passage clé, 5c à équiper soi même.

Encore quelques ressauts, des fissures faciles. Toujours aussi beau, mais je n'en profite plus vraiment. J'arrive au sommet. Matt et Xav nous y attendent depuis près d'une heure ! Ils descendent aussitôt : Xav doit absolument rentrer à Zürich ce soir et aimerait bien prendre le dernier train au Montenvers. Et moi qui comptais sur eux pour aider Lionel dans la descente !

Ils sont déjà loin quand Lionel arrive, 20 minutes plus tard (nous tirons des longueurs de 25 m...). Pause bien méritée au sommet : nous n'avons quasiment rien mangé jusqu'ici. Conseil de guerre. Lionel est exténué. Il va falloir qu'il puise dans ses réserves pour se concentrer au maximum : pas question du moindre dérapage, ici c'est raide, y'a des barres partout, on est en montagne, pas sur un chemin.

Effectivement, c'est tout sauf facile, ça tient plus de la désescalade que de la marche. On est encordés à deux mètres, l'itinéraire n'est pas évident, et je dois encourager Lionel à chaque pas pour qu'il fasse bien attention.
Après trois ou quatre dérapages, je lui fais comprendre qu'au suivant j'appelle l'hélicoptère. L'argument semble porter.
La descente est interminable. On alterne désescalade, marche et petits rappels pour éviter les passages les plus difficiles. Heureusement, avant chaque passage de désescalade, on trouve un bloc ou un béquet pour assurer la cordée.
Après trois heures de descente, un dernier rappel de 50m nous dépose sur le glacier où Matt nous a attendus avec un piolet. Au pied du glacier, je m'autorise enfin à décompresser. Pendant près de 12h j'ai été complètement à fond nerveusement, concentré à chaque instant sur ma progression et sur la sécurité de la cordée. Pas un moment de répit. Pas vraiment le temps de profiter de cette course pourtant fabuleuse, sans doute l'une des plus belle que j'ai faite à ce jour.

Retour au refuge. Il est 18h30. Le temps de rentrer au Montenvers avant la nuit ? En ne traînant pas, ça devrait aller. Quatrième erreur. Lionel n'est vraiment pas en état de "ne pas traîner". On quitte le refuge à 19h, bien chargés.

Jusqu'au glacier, tout va bien. Lentement, mais bien. Matt a passé ses bâtons à Lionel, alors qu'il porte le sac le plus lourd. Une fois la moraine passée, nous prenons pied sur la glace. Et là, mauvaise surprise. Si pendant la journée, la glace fond en surface et permet de progresser aisément en chaussures, dès le soir, elle regèle et se transforme en patinoire. Pour moi, avec deux bâtons, ça va encore, mais pour Lionel et Matt, c'est plus délicat. Notre rythme, déjà bien poussif, s'en ressent. Pourtant, nous continuons, alors que se profilent devant nous les grandes crevasses qui défendent l'accès au Montenvers.

La nuit tombe. On sort les frontales. Les deux frontales, puisque Lionel a oublié la sienne. Forcément, ça ne contribue pas à aller plus vite. On arrive aux crevasses. On trouve assez facilement un passage en rive droite, là où nous étions passés à l'aller. Mais d'autres crevasses font suite. Il y a quelques passages délicats, et Lionel n'en peut vraiment plus - il glisse à chaque pas. On taille des marches - aussi grosses que possibles - avec le piolet pour franchir certains passages. On réussit à progresser vers la rive gauche. On arrive dans une zone plus facile entre deux immenses crevasses. Devant nous, une arête de glace semble livrer le passage. Il faudrait tailler beaucoup de marches. Impensable en toute sécurité vu l'état des troupes. Faut faire demi-tour. On se retrouve entre deux autres crevasses. Pas de passage. Il faudrait passer par le mur où on a taillé les marches.

On va s'arrêter là, ce n'est plus raisonnable. Il ne fait pas trop froid, en s'abritant du vent, on devrait pouvoir bivouaquer sans trop de mal. Et puis ça doit être une expérience sympa, non ? Bon, finalement, il y a une autre alternative, beaucoup moins glorieuse - encore qu'un bivouac sur la Mer de glace ne soit pas précisément glorieux : appeler le PGHM. Lionel décroche son portable. Ils nous expliquent que nous nous sommes trompés (vraiment ?), que le passage est en rive gauche. Je répond qu'on va essayer, mais que vu notre équipement -ben oui, on n'a pas l'ai cons sans crampons - et l'état de fatigue de Lionel, ça me paraît difficilement réalisable. En fait on n'essaye même pas. Un quart d'heure plus tard quand ils rappellent, ils se décident à envoyer deux secouristes.

La pleine lune s'est levée. sur l'arête de glace, deux yeux brillent : un petit renard vient nous narguer, tourne et retourne autour de nous. On finit nos provisions. Il ne fait pas trop froid, juste un vent désagréable. On tente un somme.
Et puis on voit des frontales sur le glacier : des cordées descendent. On leur fait signe - ils répondent et viennent vers nous : en fait, il y a parmi eux un gendarme du PGHM qui a contacté ses collègues et va gérer le "sauvetage". Sauvetage des plus simple : une simple paire de crampons fait l'affaire : un passage de 50 m, et c'est fini. Comme c'est rageant, comme c'est humiliant d'être dans cette situation. Les deux gendarmes venus du bas sont là. Forcément, on se prend la bonne vieille leçon de morale. Qu'y répondre, sinon, que oui, on aurait dû prendre les crampons, qu'on a eu tord, qu'on aurait dû rester au refuge surtout. Des fois il faut ravaler sa fierté. C'est d'autant plus frustrant quand on a mené une course comme celle d'aujourd'hui.

La descente s'arrête au bout de la piste des Mottets où nous attend le 4x4 du PGHM. Franchement, j'aurais préféré descendre à pieds ! Les virages en épingles sont tellement étroits qu'il doit d'y prendre à deux fois pour les prendre.
Finalement, on se fait déposer au parking à 2h30 du matin. Crevés. Surtout furieux d'être passés pour des quiches... et surtout d'avoir été des quiches.
Nuit réparatrice au Chamoniard Volant.

Petit morale de cette aventure :

1° Ne pas engager une descente foireuse alors qu'on est en sécurité au refuge, même si ça fait manquer une journée de boulot

2° Adapter la course au niveau des participants

3° Prendre des crampons sur un glacier, même s'il passe sans dans des conditions normales

4° Toujours prendre une frontale par personne

dimanche 19 août 2007

Chamonix - Acte 1 : Blaitière

Chamonix, nous voilà !!!
Motivés, regonflés à bloc - enfin, pas tant que ça en fait, la fin du premier semestre 2007 a laissé des traces dans le physique et le moral. Enfin bref, on est quand même chauds. Je récupère Matt à Genève (pas mal la navigation à vue avec les panneaux qu'on voit au dernier moment, et en évitant de prendre l'autoroute, on rejoint Lionel au Vieux Campeur à Sallanches (lieu de perdition...), et on s'enquille la montée au Plan de l'Aiguille avec de beaux menhirs (tente, piolets, crampons, matériel d'escalade en TA, etc.). A minuit, on est couchés, bien diffractés.

Samedi matin, réveil cool, de toutes façons, le pilier rouge de Blaitière est orienté Ouest. Résultat, on se fait griller la politesse par deux italiens montés par la première benne. Qu'importe, on dort au Plan ce soir, on n'est pas pressés. sauf que les nuages viennent jouer avec le pilier, ce qui fait une ambiance assez majeure (d'autant qu'on est juste à côté de la face Nord du Plan et de ses gros séracs qui dégueulent des blocs toutes les dix minutes).

La voie : Nabot Léon. C'est la plus facile du coin, mais c'est beau. Et en plus c'est un style que j'adore - que dis-je, que j'idolâtre. D'ici à ce que je voue un culte à Michel Piola, on n'en est pas loin. Enfin bref, je m'égare...

L1 : un petit bombé avec un spit, le reste en fissure à protéger soi même - grisant : 5b

L2 : la fissure au dessus du relai est magnifique, mais il y a une belle écaille qui ne demande qu'à se faire la malle. j'abandonne et suis la vraie voie, à droite, avec une fissure magnifique. MP a dû s'égarer en plaçant un spit bien inutile. Je passe en bon style avec mon camalot 0.3. 5c majeur

L3 : Ach, plantach ! J'ai raté un dièdre qui a l'air inoubliable. Du coup je bidouille une traversée, un pas de bloc, et relais. Pas un point en place, très beau.

L4 : mur spité (il faut) où il faut bien louvoyer pour passer facile (grimper avec sa tête quoi), puis dalle inclinée facile. Là je rejoins les Italiens au relais qu'ils ont fait au bord de la dalle. Ils se sont fourvoyés dans une fissure qui n'est manifestement pas la bonne, a l'air magnifique, mais aussi bien dure. But pour eux. Grosse attente pour nous. Un petit tichodrome vient égayer les lieux. Derrière, le pilier gris lance ses volées de dalle assez hallucinantes. Les séracs du Plan continuent de tomber. Classe.

L5 : THE LONGUEUR. Dièdre facile, puis renfougne, puis deux solutions : la bonne en fissure à gauche (c'est en fait la fin de la longueur précédente), et la mienne, par la fissure de droite, bien plus dure (ahhh, c'est bon du 6a en fissure en mettant ses points !!!!), puis the fissure majeure qu'on a tous plébiscitée.

L6 : en fait, là, ça merdouille. on est sur l'arête, et y'a des spits en contrebas. je les suis, les perds, en trouve un au pied d'un petit mur. J'essaye. Tiens c'est dur. Petit bidouillage de pieds - tiens, on se croirait à Altissimo, c'est beau. Où est le camalot n°0.3. Du mauvais côté, of course. Changement de main subtile, je trouve l'objet, le rentre dans la fissure (yess !!!), je débidouille les pieds, je bouge, c'est passé. Ah oui, c'est dur pour du 5a quand même. Yoyo se prend un vol en second - mon relais sur camalots tient bien.

L7 : En fait le relais était 5m au dessus de moi mais j'étais en bout de corde. On n'y voit plus rien, on est dans les nuages. On n'entend plus que les séracs du Plan tomber. Direction le bas.

5 rappels dans une ligne MAJEURE !!! Si quelqu'un est motivé, j'y retourne demain. Fissures complètement mythiques de 740m, ça doit taper dans son 6b à équiper soit même. Je sais pas le nom de la voie, ça doit être un truc comme Bobokassa ou Majorette Tatcher.

Début de la descente : y'a un tout petit passage en glace. Je mets mes gants, j'en laisse tomber un, je le rattrape. Ah non. en fait, sur le chemin, y'avait un gros rocher, genre lame de couteau. Ca fait mal. En tous cas, la plaie est bien nette, mais avec les moyens du bord, on ne peut pas faire autre chose que d'arrêter le saignement.

Retour au bivouac. Yoyo est complètement naze. je pète pas la forme, mais j'aimerais bien aller me faire recoudre mon doigt. Qu'importe, le Plan de l'Aiguille de nuit, on gère. Descente à la frontale, voiture à 23h, urgences de Sallanches à 24h : " ah, mais c'est joli, ça a déjà commencé à cicatriser, je vais pas vous recoudre, je ferais plus de mal que de bien". Merci, mais je viens de me taper 1200m de descente à l'arrache pour ça. Enfin bon, elle a l'air gentille cette interne (Carron confirmera par la suite : c'est claire, "son" interne, et elle est sympa), alors je râle pas, j'encaisse l'humiliation, et on cherche un endroit où dormir sur le coup de minuit et demi. On échoue comme des loques sur un parking de départ de rando, mais on y dort très bien !

Le lendemain, café à Chamonix. Ah oui, 2€50 l'expresso. Ben oui, on est à Chamonix. Mais comme on est un peu explosés, on en prend un deuxième.
L'après midi, petite ballade tranquille au dessus des gorges de la Diosaz pour se dérouiller les jambes. les chasseurs de Servoz ont construit une magnifique cabane. On y resterait presque pour dormir.

samedi 7 juillet 2007

Face Nord du Vignemale

Cette fois pas de loose ! Et peut être (que dis-je peut être, sûrement !!!) la plus belle course de ma vie.

Tout n'avait pourtant pas commencé sous de meilleurs auspices. Mercredi soir, je suis bien crevé, mais je vais quand même grimper avec Cédric et Basu et ça ne manque pas : après quelques vois, une douleur bien connue derrière la cuisse (celle des crochets de talon).
Jeudi matin, ça va déjà mieux, et on se fait une petite veillée d'arme chez Romain et Claire qui nous nous fait une petite interrogation pour vérifier qu'on connaît bien le topo (en tous cas on le connaît moins bien qu'elle).

Vendredi, journée de boulot à fond, je mets la dernière virgule à mon rapport et je pars en courant à 16h30. Je passe chercher Romain, on passe un bon quart d'heure dans les embouteillages, mais finalement, ça roule bien jusqu'à Pont d'Espagne - à peine 2h30 de route. Montée au refuge des Oulettes à la fraîche, au milieu des chamois, et avec un magnifique coucher de soleil sur la face Nord qui émerge des nuages. Grandiose ! On arrive au refuge alors que les gardiens sont entrain de ranger.

Samedi, on a mis le réveil à 4h, mais à 3h45, nous sommes tous les deux réveillés, et nous nous levons. On avale sans grand appétit le plateau déjeûner, et on se met en marche sous un magnifique ciel étoilé, à la lueur de la lune. La face et là, en face de nous, révélée en ombre chinoise. L'approche est plutôt tranquille à travers le large replat qui sépare le refuge du glacier. On chausse les crampons et on s'encorde dès qu'on arrive à la neige. Celle-ci porte bien et, en louvoyant quelque peu, on passe en évitant les cailloux et les crevasses.
Nous arrivons au pied de la voie alors que le jour pointe à peine. on peut tout juste enlever les frontales. On passes quelques minutes à repérer la voie (il y a plusieurs filons d'ophite !), juste le temps d'y voir clair.

Romain attaque le premier. Première longueur magnifique en suivant le filon de rocher vert sur de bonnes prises et assurés sur de bons pitons. Même avec l'onglée, ça me semble plus facile que la cotation annoncée (5). Mes doigts se réveillent au bon moment pour attaquer la deuxième longueur, un petit dièdre qui se protège très bien, puis très facile jusqu'à une bonne terrasse.

La température est prise: on est sensés avoir fait le plus dur on n'est pas vraiment allés au bout de nous mêmes. On fait quelques anneaux de buste, et on repart, encordés à 30m. Au moment de quitter le relais, une deuxième cordée nous rejoint. Ils m'annoncent fièrement qu'ils ont pris une corde de 70m pour doubler toutes les longueurs. Nous, on part en corde tendue avec 30m de corde : on ne les reverra plus ! Ils ont dû mettre 3h de plus que nous.

Je relaie Romain après 150m d'escalade au moment de traverser vers l'arête intermédiaire. On n'ouvre même pas le topo, l'itinéraire est évident, le rocher globalement sain, voir très bon lorsqu'on grimpe sur le filon d'ophite. Je grimpe ainsi environ 150 à 200 m en évitant les ressauts les plus rébarbatifs par la gauche avec quelques jolis passages d'escalade qui doivent coter 4.
C'est là que survient la première mésaventure de la journée : alors que j'escalade le fil de l'arête, j'entends un bruit de ferraille et découvre horrifié le jeu de coinceurs, trois friends et une dégaine coincés entre mes pieds et la corde : le porte matériel de mon baudrier, bien fatigué, a choisi ce jour précis pour finir sa carrière. Je récupère le tout acrobatiquement. j'en suis quitte pour de bonnes sueurs froides. Mais environ 20m plus loin, rebelote ! Le porte matériel de derrière cède à son tour. Je parviens à sauver mon marteau et un mousqueton a vis, mais laisse échapper un autre mousqueton (le plus récent, comme il se doit). Je rapatrie tout le matériel sur les porte matériels du sac. Ouf....

Après ces frayeurs, Je relaie sur une terrasse et Romain prend la tête. Après 100 m de très belle escalade, le plus souvent sur le fil de l'arête en bon rocher, et un contournement de gendarme par la gauche, il m'attend au pied d'un gendarme à l'air rébarbatif. On repère une ligne de fissure sur la gauche (il nous semble nous rappeler que le topo dit qu'il faut contourner tous les gendarmes à gauche). Je gravis une longueur de bon 4+ sur un rocher demandant de l'attention et trouve un relais sur deux pitons sur une minuscule vire inconfortable au pied d'un surplomb. Romain me rejoint et tente de gravir le surplomb en libre, mais il n'y a rien, sauf une prise qui lui resterait certainement dans les mains s'il tirait dessus. Tant pis pour le style, on passe tous les deux en tirant sur les pitons fort opportunément laissés en place. Quand même, en libre, ça doit faire beaucoup plus que du 4+, plutôt du 6b...
En attendant, j'ai les fesses toutes mouillées. J'attribue cela au fait que je me sois assis dans la neige pour mettre mes chaussons et qu'un bloc a dû se prendre dans les sangles de mon baudrier et fond petit à petit. C'est quand même très désagréable.

On arrive à la fin de l'arête intermédiaire. Encore un joli passage en dièdre, et on entame la traversée à gauche vers la vire de schistes. C'est le seul passage de la voie qui ne se protège pas, mais c'est aussi le plus facile. Une fois sur l'arête, on peut de nouveau placer des protections.
Cette partie terminale de la voie est très surprenante : on s'attendait à trouver un rocher pourri, et en fait, c'est presque là qu'il est le meilleur. La voie est ici équipée d'un piton ou d'un spit tous les 10-15m et ça grimpe sur de belles dalles rouges. Romain me relaie pour traverser sur la droite et rejoindre l'arête de Gaube où l'escalade continue, toujours aussi belle. Dernier relais, et je force la dernière cheminée qui donne accès au sommet où nous attendent les foules espagnoles.

Voilà, c'est fait ! Cette course dont on rêvait depuis bien longtemps, on l'a super bien gérée, en ne tirant que 4 longueurs, avec 11 relais en tout et pour tout, en 6h, soit le temps indiqué par le topo. Pour 800m de paroi, c'est quand même pas mal ! Ça vaut bien une petite gorgée de génépi !

La course fut fantastique... la descente un peu moins.
Premier constat : ce qui me mouillait les fesses n'était pas un bloc de neige mais mon camelback qui se vidait progressivement dans le fond du sac. Il ne me reste donc plus d'eau, et tout ce que j'avais dans mon sac est trempé....
Deuxième constat : on ne trouve plus le camalot n°3. Je l'avais posé dans une traversée juste avant la cheminée sommitale, mais Romain ne se souvient plus de l'avoir vu. manifestement j'ai dû oublier de le mousquetonner et il doit être bien planqué au fond de sa fissure. Vu le prix de la bête, c'est assez rageant, surtout après l'avoir sauvé d'une disparition beaucoup plus tragique au milieu de la voie.
Troisième constat : j'ai mal au ventre. En général, je n'ai jamais beaucoup d'appétit en montagne, mais là c'est franchement pas la joie, entre crampes d'estomac et nausées...
Quatrième constat : Romain a aussi mal au ventre, reliquat de son virus qu'il traîne depuis deux semaines.

C'est donc dans un état un peu second qu'on entame la descente de la voie normale en essayant de ne rien faire tomber sur les espagnols qui montent au sommet sans casque et manifestement sans grande technique alpine. Ça a beau être facile, une chute ici ne serait pas sans conséquence. On a l'impression d'évoluer dans une foule d'inconscients.
Descente du glacier sans histoire, mais après il faut remonter à Bayselance, et là nos ventre nous rappellent qu'il y a quand même 100m de dénivelé qu'on parcourt péniblement. Petite pause au refuge, histoire de refaire le plein d'eau, et on finit de remonter à la Hourquette d'Ossoue où la vue sur la face nord qu'on vient de gravir est à tomber par terre. Là, ça fait vraiment haut !
Descente très pénible en se traînant jusqu'au refuge des Oulettes complètement plein et où on peine à nous servir à manger ! Une bonne bière réparatrice plus tard, et on reprend la descente beaucoup plus tranquille sur Pont d'Espagne qu'on regagne à peine 24h après l'avoir quitté, mais beaucoup moins frais !

Bref, ce fut une grande et belle journée d'alpinisme, avec une magnifique réalisation à la clé, dans un super style et on bon horaire, sur une montagne fantastique et sur la plus haute paroi des Pyrénées françaises. Un vrai rêve.

dimanche 24 juin 2007

Pic du Midi d'Ossau

On va dire qu'heureusement que j'ai un ami qui travaille à Météo France et qui m'empêche d'en dire tout le bien que j'en pense.
Enfin, cette fois on a évité le B4m, mais c'est pas passé loin. On cotera ça B1m (le but inavoué ?).
Pourtant, Cédric Basu et moi, on était super chauds pour aller à la voie Fouquier à l'Ossau. Mais tout ne s'est pas vraiment déroulé comme prévu :

Acte 1 : semaine chargée : on va partir tard, genre 11h n(et il faut bien ça, car le whisky de Cédric est décidément trop bon)

Acte 2 : romain me réveille à 9h pour me dire que finalement il est malade et que plutôt que d'aller en montagne, il se verrait bien éplucher ma collection de montagne mag et vertical pour trouver des idées d'expé

Acte 3 : le refuge est complet, il faut revoir la logistique - départ retardé de 1h environ

Acte 4 : je fais mon sac pendant que Romain et Claire complètent le culture montagnistique. Forcément, j'oublie 2-3 trucs inutiles (les pâtes et la frontale)

Acte 5 : on prend la voiture de Cédric et le doux cliquetis de son moteur. Ames sensibles s'abstenir

Acte 6 : finalement, on est rapidement à Pau, mais c'est long à traverser

Acte 7 : on a traversé Pau, mais on se retrouve derrière une course cycliste espagnole qui se fait une boucle dans les Pyrénées. Montée au Pourtalet à 2 à l'heure...

Acte 8 : on y est ! C'est classissime !!!!! Dans mon emballement, je me plante un peu de face et indique la face Sud du grand Pic (ED-, 6b+ sur coinceurs...) comme notre objectif du lendemain. Heureusement que les autres veillent. Ca doit être le whisky d'hier.

Acte 9 : on a faim. On pique nique après 10 minutes de marche (il est 17h et on mange dans 2h, mais bon, vu tout le fromage qu'on a à manger - 5 variétés... - il vaut mieux commencer tôt)

Acte 10 : pour mettre dans l'ambiance, sauvetage en direct par l'hélico (le fameux EC 145 cher à Jérôme qui peut regretter de ne pas être venu aujourd'hui)

Acte 11 : bivouac 5 étoiles au bord du lac. On n'a même pas besoin de mettre les tapis de sol tellement l'herbe est épaisse. Par contre on a carrément trop chaud sous la tente.

Acte 12 : le début du but. Réveil à 5h - il fait encore nuit, on s'est plantés.

Acte 13 : 5h30 - lumière blaffarde. Ca doit être bon. On sort le nez de la tente : tout est bouché en face sur le Balaïtous. Le sommet commence à être accroché. On y croit. on plie la tente, on mange un peu. Et on se recouche parce que ça s'arrange pas du tout.

Acte 14 : 9h45. On a dormi plus de 12h. La deuxième partie de la nuit, sans tente ni matelas a été la meilleur. Comme quoi on peut faire des économies de poids substantielles...

Acte 15 : 10h45, on se met en route pour la voie normale, plan B

Acte 16 : 11h15, on attaque la voie normale - belle cheminée à escalader

Acte 17 : on croise des Espagnols qui descendent : la honte !

Acte 18 : 12h30 : sommet au soleil !!!! C'est pas la vue du siècle, mais on voit quand même les lacs d'Ayous en face et le petit Pic juste en dessous de nous. c'est presque inespéré. ascebsion super chouette, mi rando-mi alpinisme avec trois jolis passage de grimpette facile sur un super rocher. De quoi vraiment regretter la Fouquier qu'on a eu tout le loisir de regarder et qui a l'air vraiment super belle. On finit nos victuailles au sommet.

Acte 19 : 13h30 on arrive en bas. Victoire, on laisse quand même quelques Espagnols (et même des Français) derrière nous. L'honneur est sauf. Cédric se fait la desescalade intégale de la première cheminée pour corser le tout.

Acte 20 : Stella Artois : c'est la bière qu'on sert au refuge de Pombie. On achève le fromage laissé au refuge le matin.

Acte 21 : retour à la voiture sous un grand soleil (merci la dégradation de fin de journée annoncée par nos amis de M.... F....) - on met Noir Désir à fond pour masquer le cliquetis.

Acte 22 : on double le prix du WE en refaisant le plein de fromage un peu après Laruns.

Acte 23 : Petit détour à Pau pour dire bonjour à Cyril. Bar sympa dans la vieille ville - Dame Blanche top class + bière = validation nouvelle formule

Acte 24 : retour à Toulouse vers 21h30 - coucher 23h (le fromage est bon)

Acte 25 : lever 5h pour aller bosser. Ouin !!!!